Introduction à la messe tridentine

Encyclique MEDIATOR DEI

de Sa Sainteté le Pape PIE XII

SUR LA SAINTE LITURGIE

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III L’OFFICE DIVIN ET L’ANNÉE LITURGIQUE

I. L’OFFICE DIVIN…

La forme idéale et essentielle de la vie chrétienne consiste pour chacun à se tenir uni étroitement et constamment à Dieu. C’est pourquoi le culte, que l’Église rend à l’Éternel, et qui est basé surtout sur le sacrifice eucharistique et l’usage des sacrements, est organisé et disposé de telle manière que, grâce à l’office divin, il s’étend aux heures du jour, aux semaines, à tout le cours de l’année, à toutes les saisons et aux diverses conditions de la vie humaine.

Connaissant le précepte du divin Maître : " Il faut prier toujours sans jamais se lasser " (Lc, XVIII, l), l’Église s’est fidèlement conformée à cette invitation. Aussi ne cesse-t-elle jamais de prier, et elle nous exhorte à faire de même en se servant de ces paroles de l’Apôtre : " Par lui, Jésus, offrons sans cesse à Dieu une hostie de louange " (He XIII, 15).

La prière publique et collective, s’élevant vers Dieu de la part de tous en même temps, n’avait lieu, dans la plus ancienne antiquité, qu’à des jours et à des heures déterminés. Cependant, on lui adressait aussi des supplications, non seulement par groupes, mais aussi dans les demeures privées et parfois même avec le concours de voisins et d’amis. Assez vite, cependant, la coutume s’établit, dans les diverses parties du monde, de réserver à la prière des moments particuliers, par exemple, la dernière heure du jour, quand vient le crépuscule et qu’on allume les lampes ; la première aussi, quand la nuit touche à sa fin, après le chant du coq, au lever du soleil. D’autres moments de la journée se trouvent mentionnés dans la Sainte Écriture comme plus propres à la prière, soit d’après les traditions juives, soit conformément à l’usage de tous les jours. D’après les Actes des apôtres, les disciples de Jésus-Christ étaient réunis pour prier tous ensemble à la troisième heure, lorsqu’ils " furent remplis du Saint-Esprit " (cf. Act II, 1-15) ; le Prince des apôtres, avant de prendre son repas " monta sur la terrasse pour prier vers la sixième heure " (Ibid., X, 9) ; Pierre et Jean " montèrent au Temple à la neuvième heure pour prier " (Ibid., III, 1), et c’est " à minuit que Paul et Silas priaient pour louer Dieu " (Ibid., XVI, 25).

Ces diverses prières, grâce surtout à l’initiative et à la pratique des moines et des ascètes en général, se perfectionnèrent davantage dans la suite des temps et, peu à peu, l’Église les introduisit dans l’usage de la liturgie sacrée.

… est la prière continuelle de l’Église

Ce qu’on appelle l’" office divin " est donc la prière du Corps mystique du Christ adressée à Dieu, au nom et pour l’avantage de tous les chrétiens, par les prêtres et les autres ministres de l’Église ainsi que par les religieux délégués par elle à cet effet.

Ce que doit être le caractère et la valeur de la louange ainsi rendue à Dieu se découvre dans la parole que l’Église nous suggère avant de commencer la prière des diverses heures, en nous prescrivant de les réciter " dignement, avec attention et dévotion ".

Le Verbe de Dieu, en prenant la nature humaine, importa lui-même dans cette terre d’exil l’hymne qui, de tout temps, se chante dans les demeures célestes. Unissant à lui l’ensemble de la communauté humaine, il se l’associe dans ce cantique de louange. Nous devons le reconnaître humblement, " ce que nous devons demander dans nos prières, nous ne le savons pas ; mais l’esprit lui-même demande pour nous par des gémissements ineffables " (Rm VIII, 26). Le Christ lui aussi, par son esprit, supplie le Père en nous. " Dieu ne pourrait pas accorder de plus grand bienfait aux hommes… (Jésus) prie pour nous comme étant notre prêtre ; il prie en nous comme notre Chef ; nous le prions comme notre Dieu… Reconnaissons donc nos voix en lui et sa voix en nous… Il reçoit nos prières dans la forme de Dieu ; il prie dans la forme de serviteur ; créateur dans l’une, créé dans l’autre, il fait sienne, sans changer, la nature à changer, et de nous avec lui il fait un homme, la tête et le corps " (S. Augustin, Enarr. in Ps. LXXXV, n. 1).

La dévotion, intérieure y est requise

A cette haute dignité de la prière de l’Église il faut que correspondent l’attention et la piété de notre âme. Et puisque la voix de celui qui prie redit les chants composés sous l’inspiration du Saint-Esprit, où se trouve exprimée et mise en relief la souveraine grandeur de Dieu, il faut que le mouvement intérieur de notre esprit l’accompagne, en sorte que nous fassions nôtres ces mêmes sentiments, qui nous élèveront vers le ciel, et par lesquels nous adorerons la sainte Trinité en lui adressant les louanges et actions de grâces qui lui sont dues. " Quand nous psalmodions, soyons tels que notre esprit s’accorde avec notre voix " (S. Benoît, Regula Monachorum, c. XIX). Il ne s’agit donc pas uniquement d’une récitation ou d’un chant qui, malgré la perfection due à sa conformité aux règles de l’art musical et des rites sacrés, toucherait uniquement les oreilles ; ce dont il s’agit, c’est avant tout l’élévation de notre esprit et de notre âme vers Dieu afin de lui consacrer pleinement, en union avec Jésus-Christ, nos personnes et toutes nos actions.

Voilà certainement d’où dépend pour une grande partie l’efficacité de nos supplications. Sans doute ne s’adressent-elles pas au Verbe même en tant que fait homme, mais elles se terminent par les paroles " par Notre-Seigneur Jésus-Christ ", et lui, comme conciliateur entre nous et Dieu, montrant ses glorieux stigmates au Père céleste, reste " toujours vivant pour interpeller en notre faveur " (He VII, 25).

Merveilleux contenu du psautier

Les psaumes, tout le monde le sait, constituent la partie principale de " l’office divin ". Ce sont eux qui, embrassant tout le cours de la journée, la sanctifient et l’embellissent. Comme le dit Cassiodore en parlant du psautier tel qu’il était distribué de son temps dans l’office divin, " les psaumes rendent favorable le jour qui vient par la joie du matin ; ils sanctifient pour nous la première heure du jour ; ils consacrent pour nous la troisième heure ; ils sont la joie de la sixième dans la fraction du pain ; à none, ils rompent notre jeûne ; ils concluent les derniers instants du jour et, quand la nuit arrive, ils empêchent les ténèbres d’envahir notre esprit " (Explicatio in Psalterium. Praefatio : P. L., LXX, 10. Certains pensent cependant que ce passage ne doit pas être attribué à Cassiodore).

Ils rappellent à l’esprit les vérités divinement révélées au peuple élu, terrifiantes parfois, mais respirant parfois une très douce suavité. Ils réveillent et animent l’espérance du Libérateur promis, qu’on entretenait jadis en les chantant, soit au foyer familial soit dans la majesté du temple. De même mettent-ils en lumière la gloire du Christ, qu’ils annonçaient d’avance, sa souveraine et éternelle puissance, sa venue ensuite et son abaissement dans l’exil terrestre, sa dignité de roi et son pouvoir de prêtre, le bienfait enfin de ses travaux et le sang qu’il répandrait pour notre rédemption. De même expriment-ils la joie de nos âmes, nos peines, notre espérance, notre crainte, notre confiance en Dieu et notre volonté de lui rendre amour pour amour, ainsi que notre ascension mystique vers les tabernacles éternels.

" Le psaume… est la bénédiction du peuple, la louange de Dieu, l’acclamation du peuple, l’applaudissement de tous, le discours universel, la voix de l’Église, la confession de foi retentissante, la dévotion pleine d’autorité, la joie de la liberté, l’expression du contentement, l’écho de la félicité " (S. Ambroise, Enarrat. in Ps. I, n. 9).

La participation des fidèles aux vêpres du dimanche

Jadis les fidèles prenaient part plus nombreux à ces heures de prière ; mais, peu à peu, cet usage s’est perdu et, comme Nous venons de le dire, la récitation des heures n’incombe plus qu’au clergé et aux religieux. En cette matière, il n’y a donc rien de prescrit pour les laïques ; cependant, il est extrêmement souhaitable qu’en les récitant ou en les chantant, ils s’associent, de fait, chacun dans leur paroisse, aux prières qui y ont lieu dans la soirée. Nous vous exhortons vivement, Vénérables Frères, vous et vos fidèles, à ne pas laisser se perdre cette habitude et là où elle s’est perdue, à la rétablir autant que possible. On y arrivera très fructueusement si, non content d’apporter à la célébration des vêpres la dignité et l’éclat qui leur conviennent, on cherche les divers moyens d’y intéresser la piété des fidèles.

Que les jours de fête soient fidèlement observés : ils doivent être destinés et consacrés à Dieu d’une façon particulière, le jour du dimanche surtout, que les apôtres, instruits par le Saint-Esprit, substituèrent au sabbat. Il avait été dit aux juifs : " Vous travaillerez six jours ; le septième jour, c’est le sabbat, repos consacré au Seigneur ; quiconque travaillera ce jour-là, mourra " (Ex XXXI, 15). Comment donc n’auraient-ils pas à craindre la mort spirituelle les chrétiens qui, les jours de fête, se livreraient aux œuvres serviles et qui profiteraient de ces jours de repos pour s’abandonner sans retenue aux entraînements de ce monde au lieu de s’appliquer à la piété et à la religion ?

C’est donc aux choses divines par lesquelles on honore Dieu et l’on donne à l’âme une nourriture céleste que doivent être consacrés le dimanche et les autres jours de fête. L’Église, il est vrai, ne prescrit aux fidèles que l’abstention du travail servile et l’assistance au sacrifice de la messe ; elle ne donne aucun précepte pour l’office du soir ; mais elle ne l’en recommande pas moins avec insistance et elle ne l’en désire pas moins. Au reste, il s’impose encore, par ailleurs, en vertu du besoin et du devoir commun à tous et à chacun de se rendre Dieu propice pour obtenir ses bienfaits.

Grande est la douleur qui remplit Notre âme à voir la manière dont, de nos jours, le peuple chrétien passe son après-midi les jours de fête. On remplit les lieux de spectacles et d’amusements publics, bien loin de se rendre comme il conviendrait aux édifices religieux. Tous, au contraire, doivent venir à nos églises pour s’y entendre enseigner la vérité de la foi catholique, pour y chanter les louanges de Dieu, pour y recevoir du prêtre la bénédiction eucharistique et y être réconfortés contre les adversités de cette vie par le secours du ciel. Qu’ils s’appliquent autant qu’ils le peuvent à retenir ces formules qui se chantent aux prières du soir et qu’ils se pénètrent l’âme de leur signification. Sous l’action et l’impulsion de ces paroles, ils éprouveront ce que saint Augustin dit de lui-même : " Que de larmes j’ai versées aux hymnes et aux cantiques ; les doux accents des paroles de votre Église m’émouvaient profondément. Ces paroles pénétraient par mes oreilles et en vérité s’écoulaient dans mon cœur ; la ferveur de leurs sentiments m’embrasait, et mes larmes coulaient, et je me trouvais bien " (Confessions, lib. IX, cap. 6.)

II. LE CYCLE DES MYSTÈRES DANS L’ANNÉE LITURGIQUE

Tout le long de l’année, la célébration du sacrifice eucharistique et les prières des heures se déroulent principalement autour de la personne de Jésus-Christ ; elles sont si harmonieusement et si convenablement disposées que notre Sauveur, avec les mystères de son abaissement, de sa rédemption et de son triomphe, y occupe la première place.

En commémorant ainsi les mystères de Jésus-Christ, la liturgie sacrée se propose d’y faire participer tous les croyants en sorte que le divin Chef du Corps mystique vive en chacun de ses membres avec toute la perfection de sa sainteté. Que les âmes des chrétiens soient comme des autels, sur lesquels les diverses phases du sacrifice qu’offre le Grand Prêtre revivent en quelque sorte les unes après les autres : les douleurs et les larmes qui effacent et expient les péchés ; la prière adressée à Dieu, qui s’élève jusqu’au ciel ; la consécration et comme l’immolation de soi-même faite d’un cœur empressé, généreux et ardent ; l’union très intime enfin par laquelle, nous abandonnant à Dieu, nous et tout ce qui nous appartient, nous trouvons en lui notre repos ; " le tout de la religion, en effet, étant d’imiter celui à qui l’on adresse son culte " (S. Augustin, De Civ. Dei, lib. VIII, cap. 17).

La signification des temps liturgiques

Grâce à ces arrangements et à ces dispositions de la liturgie qui lui permettent de proposer à notre méditation, à époques déterminées, la vie de Jésus-Christ, l’Église nous met sous les yeux les exemples que nous avons à imiter ; elle nous indique les trésors de sainteté que nous pouvons nous approprier, car ce qu’on chante des lèvres, il faut le croire en son esprit, et ce que l’esprit croit doit passer dans les habitudes de la vie privée et publique.

Avent. - Au saint temps de l’Avent, donc, elle réveille en nous la conscience des péchés que nous avons eu le malheur de commettre ; elle nous exhorte à réfréner nos convoitises et à châtier nous-mêmes notre corps, afin de nous ressaisir nous-mêmes en une pieuse méditation et de nous abandonner à l’ardent désir de revenir au Dieu qui seul, par sa grâce, peut nous délivrer des fautes commises et des maux qui en sont la funeste conséquence.

Noël. - Quand revient le jour de la naissance du Rédempteur, elle semble nous ramener à la grotte de Bethléem, afin que nous y apprenions la nécessité absolue de renaître et de nous réformer à fond, ce qui s’obtient uniquement lorsque nous nous unissons d’une union intime et vitale au Verbe de Dieu fait homme et que nous devenons participants de sa nature divine à laquelle nous sommes élevés.

Épiphanie. - Par les solennités de l’Épiphanie, elle rappelle la vocation des Gentils à la foi chrétienne, et son intention par là est que nous rendions grâces tous les jours à l’Éternel de ce grand bienfait ; que nous recherchions avec une foi agissante le Dieu vivant et vrai ; que nous nous appliquions à acquérir une intelligence pieuse et profonde des réalités surnaturelles, et que nous nous plaisions au silence ainsi qu’à la méditation, qui permettent de contempler plus facilement et de recevoir les dons célestes.

Septuagésime. - A la Septuagésime et pendant le carême, Notre Mère l’Église insiste sans se lasser pour que nous considérions chacun nos misères, que nous nous appliquions à un amendement effectif, en particulier, que nous détestions nos péchés et que nous les effacions par nos prières et nos pénitences : c’est, en effet, par la prière assidue et le regret des fautes commises que nous obtenons le secours d’en-haut sans lequel il n’est aucun de nos efforts qui ne reste vain et stérile.

Passion. - Quand vient l’époque sainte où la liturgie nous met sous les yeux les cruelles souffrances de Jésus-Christ, l’Église nous invite au calvaire pour que nous marchions sur les traces du divin Rédempteur, que nous acceptions de porter la croix avec lui, que nous reproduisions en notre âme ses sentiments d’expiation et de satisfaction, et que tous ensemble nous mourions avec lui.

Pâques. - Avec les solennités pascales qui commémorent le triomphe du Christ, notre âme est pénétrée d’une joie intime ; il nous convient alors de nous souvenir qu’unis au Rédempteur nous avons nous aussi à ressusciter d’une vie froide et inerte à une vie plus fervente et plus sainte, en nous donnant pleinement et généreusement à Dieu et en oubliant cette terre de misère pour aspirer uniquement au ciel : " Si vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d’en-haut… prenez goût aux choses d’en-haut " (Col., III, 1-2).

Pentecôte. - Arrive enfin le temps de la Pentecôte. L’Église alors, par ses préceptes et par ses efforts nous exhorte à nous rendre dociles à l’action du Saint-Esprit. Lui, de son côté, allume dans nos âmes le feu de la divine charité, afin que, progressant tous les jours avec plus d’ardeur dans la vertu, nous devenions saints comme le sont le Christ Notre-Seigneur et son Père qui est dans le ciel.

Le Christ revit dans l’Église durant l’année liturgique

Dans l’année liturgique, par conséquent, il faut voir comme un hymne de louanges magnifique que la famille des chrétiens, par Jésus, son perpétuel conciliateur, fait monter vers le Père céleste, mais cet hymne demande aussi de nous un effort attentif et soutenu pour que nous arrivions tous les jours à mieux connaître et à mieux louer notre Rédempteur. De même requiert-il que nous nous appliquions et que nous nous exercions sans nous lasser à imiter ses mystères, à nous engager volontairement dans la voie de ses douleurs, afin de participer un jour à sa gloire et à son éternelle béatitude.

Erreurs d’auteurs modernes

Des enseignements que Nous avons donnés jusqu’ici, il résulte à l’évidence, Vénérables Frères, combien se méprennent sur la vraie et authentique nature de la liturgie les écrivains de notre temps qui, séduits par les apparences d’une mystique plus élevée, osent affirmer qu’il n’y a pas à s’occuper du Christ historique, mais du Christ " pneumatique ou glorifié ". De même n’hésitent-ils pas à affirmer que dans la piété telle qu’elle est pratiquée par les fidèles, il se serait produit, à l’endroit du Christ, un changement qui l’aurait descendu de son trône : on aurait voilé le Christ glorifié, qui vit et règne dans les siècles des siècles assis à la droite de son Père, pour mettre à sa place le Christ qui a vécu sur cette terre. Aussi quelques-uns vont-ils jusqu’à demander qu’on supprime dans les édifices sacrés les images du Christ souffrant sur la croix.

Or, ces idées fausses sont en opposition complète avec la doctrine sacrée que nous ont transmise les Pères. " Croyez au Christ né dans la chair, dit saint Augustin, et vous arriverez au Christ né de Dieu, Dieu en Dieu " (S. Augustin, Enarr. in Ps. CXXIII, n. 2). La sainte liturgie nous met sous les yeux le Christ tout entier et dans toutes les conditions de sa vie, c’est-à-dire, celui qui est le Verbe du Père éternel, qui naît de la Vierge Mère de Dieu, qui nous enseigne la vérité, qui guérit les malades, qui console les affligés, qui endure les douleurs, qui meurt et qui, ensuite, triomphant de la mort, ressuscité, qui régnant dans la gloire du ciel répand sur nous l’Esprit Saint, qui vit perpétuellement dans son Église ; " Jésus-Christ hier et aujourd’hui, lui-même à jamais " (He XIII, 8).

De plus, elle ne nous le propose pas seulement à imiter ; elle nous montre aussi en lui le Maître auquel nous avons à prêter une oreille attentive, le Pasteur qu’il nous faut suivre, l’Auteur de notre salut, le Principe de notre sainteté, le Corps mystique dont nous sommes les membres jouissants de sa vie.

Mais, comme les cruels tourments qu’il a endurés constituent le principal mystère d’où vient notre salut, il convient à la foi catholique de les mettre le plus possible en lumière. En lui se trouve comme le centre du culte divin, car le sacrifice eucharistique le représente et le renouvelle tous les jours, et tous les sacrements se trouvent rattachés à lui par un lien très réel (S. Thomas, Summa Theol., IIIa, q. 49 et q. 62, a. 5).

Ainsi l’année liturgique, qu’alimente et accompagne la piété de l’Église, n’est-elle pas une représentation froide et sans vie d’événements appartenant à des temps écoulés ; elle n’est pas un simple et pur rappel de choses d’une époque révolue. Elle est plutôt le Christ lui-même, qui persévère dans son Église et qui continue à parcourir la carrière de son immense miséricorde, il la commença sans doute dans sa vie mortelle, alors qu’il passait en faisant le bien (Actes, X, 38), dans le miséricordieux dessein de mettre les hommes en contact avec ses mystères et par eux leur assurer la vie. Or, ces mystères, ce n’est pas de la manière incertaine et assez obscure dont parlent certains écrivains récents qu’ils restent constamment présents et qu’ils opèrent ; d’après les docteurs de l’Église, en effet, ils sont d’excellents modèles pour la perfection chrétienne. A cause des mérites et des prières du Christ, ils sont la source de la divine grâce ; ils se prolongent en nous par leurs effets, étant donné que chacun, suivant sa propre nature, demeure à sa manière la cause de notre salut.

Il faut ajouter que notre sainte Mère l’Église, lorsqu’elle nous propose de contempler les mystères de notre Rédempteur, demande par sa propre prière les dons célestes grâce auxquels, par la vertu du Christ avant tout, ses enfants se pénètrent de leur esprit. Grâce à l’inspiration et à la vertu du Christ, par l’activité de notre volonté, nous pouvons recevoir en nous la force vitale à la manière dont la reçoivent les branches d’un arbre ou les membres d’un corps. De même, pouvons-nous nous transformer peu à peu, à force de labeur, " jusqu’à la mesure de l’âge de la plénitude du Christ " (Eph., IV, 13).

III. LES FÊTES DES SAINTS

Dans le cours de l’année liturgique, ce ne sont pas seulement les mystères de Jésus-Christ, ce sont aussi les fêtes des saints du ciel qui sont célébrées. Par ces fêtes, l’Église poursuit toujours, quoique dans un ordre inférieur et subordonné, le même but : proposer aux fidèles des modèles de sainteté, sous l’impulsion desquels ils se revêtent des vertus du divin Rédempteur.

Ils nous sont proposés comme des exemples…

Nous devons être, en effet, les imitateurs des saints du ciel, dans la vertu desquels resplendit à des degrés divers la vertu même de Jésus-Christ, comme ils furent eux-mêmes ses imitateurs. Dans les uns a brillé le zèle apostolique, dans les autres, la force de nos héros poussée jusqu’à l’effusion du sang. Chez certains, se remarque une constance ininterrompue à attendre le Rédempteur ; chez d’autres, une pureté d’âme virginale et la modestie suave de l’humilité chrétienne. Tous brûlèrent d’une très ardente charité envers Dieu et envers le prochain.

Toutes ces gloires de la sainteté, la sainte liturgie nous les met sous les yeux afin que nous les contemplions avec fruit et que " nous réjouissant de leurs mérites nous soyons entraînés par leurs exemples " (Missale Rom., Coll. III Missae pro plur. Martyr. extra T. P.). Il faut, par conséquent, conserver " l’innocence dans la simplicité, la concorde dans la charité, la modestie dans l’humilité, le soin dans l’administration, l’attention à soulager ceux qui peinent, la miséricorde dans le secours aux pauvres, la fermeté dans la défense de la vérité, la justice dans le maintien sévère de la discipline, de sorte qu’il ne nous manque rien des bonnes œuvres proposées à notre imitation. Ce sont là les traces que les saints, dans leur retour à la patrie, nous ont laissées, afin que, nous attachant à leurs pas nous parvenions aussi à leurs joies " (S. Bède le Vénérable, Hom. suid. LXX in solemn. omnium Sanct.). Or, pour que nos sens eux-mêmes soient salutairement impressionnés, l’Église a voulu qu’on exposât dans nos temples les images des saints du ciel, mais toujours dans le même dessein, afin que " nous imitions les vertus de ceux dont nous honorons les images " (Missale Rom. Collecta Missae S. Ioan. Damascen.).

… et comme nos intercesseurs

Il y a encore un autre but au culte que le peuple fidèle rend aux saints du ciel : c’est celui d’implorer leurs secours, en sorte que " nous complaisant à les louer, nous trouvions aussi un secours dans leur patronage " (S. Bernard, Sermo II in festo omnium Sanct.). On s’explique par là, aisément, les nombreuses formules de prière que nous propose la sainte liturgie pour implorer le secours des saints.

Culte prééminent envers la très Sainte Vierge

Parmi les saints du ciel, la Vierge Marie, Mère de Dieu, est l’objet d’un culte plus relevé. Sa vie, en effet, de par la mission qu’elle a reçue de Dieu, est étroitement liée aux mystères du Christ, et personne, assurément, n’a suivi de plus près et plus effectivement qu’elle les traces du Verbe incarné ; personne ne jouit d’une plus grande faveur et d’une plus grande puissance qu’elle auprès du très Sacré Cœur du Fils de Dieu, et par lui, auprès du Père céleste. Plus sainte que les chérubins et les séraphins, elle jouit d’une gloire supérieure à celle de tous les autres saints, parce qu’elle est " pleine de grâce " (Lc I, 28) et Mère de Dieu et nous a, par son heureuse maternité, donné le Rédempteur. Puisqu’elle est " Mère de miséricorde, notre vie, notre douceur et notre espérance ", crions vers elle nous qui " gémissons et pleurons dans cette vallée de larmes " (Salve Regina), et mettons-nous avec confiance sous son patronage, nous et tout ce qui nous concerne. Elle est devenue notre Mère au moment où le divin Rédempteur accomplissait le sacrifice de lui-même, en sorte que voilà encore un titre auquel nous sommes ses enfants. Toutes les vertus, elle nous les enseigne. Elle nous donne son Fils et, avec lui, elle nous donne tous les secours dont nous avons besoin, car Dieu " a voulu que nous ayons tout par Marie " (S. Bernard, In Nativ. B. M. V., 7).

Tel est le chemin liturgique qui s’ouvre à nouveau devant nous tous les ans, et que s’applique à nous faire parcourir l’Église, ouvrière de sainteté. Aidés des secours et fortifiés par les exemples des saints du ciel et, en particulier, de l’Immaculée Vierge Marie, suivons ce chemin et " dans la plénitude de la foi, le cœur purifié des souillures d’une mauvaise conscience et le corps lavé dans une eau pure, avec un cœur sincère, approchons-nous " (He X, 22) du " Grand Prêtre " (Ibid., X, 21), afin de vivre avec lui et de nous trouver d’accord avec lui, de manière à pouvoir pénétrer avec lui " jusqu’à l’intérieur du voile " (Ibid., VI, 19) et y honorer pendant toute l’éternité le Père céleste.

Telle est la nature et la raison d’être de la liturgie. Elle a pour objet le sacrifice, les sacrements et les louanges à rendre à Dieu. Il lui appartient de même d’unir nos âmes au Christ et de leur faire acquérir la sainteté par le divin Rédempteur afin que gloire soit rendue au Christ, et par lui et en lui, à la très sainte Trinité. Gloria Patri et Filio et Spiritui Sancto.